Article extrait du site du journal Le Figaro du 24 janvier 2007

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C'est dans le domaine des relations internationales qu'elle a commis le plus de faux pas ou de maladresses.

S'IL EST un domaine où les mots ont un sens précis, ce sont bien les affaires étrangères. En répondant à une question de la télévision canadienne au détour d'un couloir, Ségolène Royal a oublié - ou ignoré - que le mot « souveraineté » au Québec, et donc au Canada, a une signification politique précise qui en fait un enjeu politique majeur entre le pouvoir fédéral d'Ottawa et la partie des Québecquois qui se réclament du « souverainisme »... récoltant au passage une nouvelle polémique dont elle se serait bien passée, au moment où sa campagne franco-française connaît des difficultés.

La candidate socialiste revendique une approche nouvelle des relations internationales, comme l'avait montré, pendant la campagne interne au PS, sa volonté d'empêcher l'Iran d'accéder au nucléaire civil. Cette approche nouvelle est aussi faite, dit-elle, de « contacts interpersonnels » avec les dirigeants du monde, qu'elle s'empresse de rencontrer pendant cette campagne, faute d'avoir eu l'occasion de le faire précédemment. Elle profite ainsi des passages à Paris des dirigeants étrangers pour les rencontrer, comme elle l'a fait il y a quelques jours avec le premier ministre japonais, Shinzo Abe, ou en novembre avec le président irakien, Jallal Talabani. Elle organise aussi des déjeuners avec des ambassadeurs, comme lundi avec ceux des pays arabes.

Son appétit pour les voyages est récent, puisqu'elle ne s'était jamais rendue de sa vie au Proche-Orient avant son voyage de décembre au Liban et en Israël. Avant son voyage à Pékin de janvier elle n'avait visité la Chine qu'une fois, pour participer à une conférence internationale. Et le premier ministre québécois, Jean Charest, a souligné qu'elle n'était jamais venue au Canada.

« Liberté de parole »

Face à ses interlocuteurs, elle dit vouloir se placer en situation d'écoute, et revendique le droit de discuter avec tous, pourvu qu'ils aient été élus démocratiquement, pour mieux comprendre leur point de vue. Sauf George Bush, à propos duquel elle a déclaré, lors d'une rencontre avec la presse, qu'elle ne chercherait pas à le rencontrer si elle se rend aux États-Unis pendant sa campagne.

Son attitude d'empathie, couplée à une « liberté de parole » revendiquée, la conduit parfois à se contredire. Ainsi, au Liban, elle avait affirmé que les survols de la Finul par l'armée israélienne devaient « cesser », tandis que deux jours plus tard, à Jérusalem, après sa rencontre avec le premier ministre israélien, Ehoud Olmert, elle affirmait qu'« un certain nombre de faits les justifient ». Ou à se montrer étonnamment clémente, comme lorsqu'elle avait affirmé à un député du Hezbollah libanais : « Il y a beaucoup de choses que je partage dans ce que vous avez dit, notamment votre analyse du rôle des États-Unis », avant de préciser qu'elle visait seulement la politique de George Bush en Irak.

Toute à sa volonté de ne pas se poser en « donneuse de leçons », Royal avait aussi surpris à Pékin en soulignant, sur la foi d'un témoignage, la « rapidité » de la justice chinoise, connue surtout pour être expéditive."